Le Conseil municipal de Limas du 9 septembre 2024 traita de l’approvisionnement en électricité de la commune (adoption d’une convention d’achat groupé via le SYDER).
Les Conseillers.ères de LEA (Limas Ensemble pour L’Avenir) demandant une visibilisation d’achat d’électricité « verte » d’origine renouvelable (éolien, hydraulique, photovoltaïque) sans nucléaire, ce fut l’occasion pour 3 membres de l’exécutif municipal d’entonner les vieilles rengaines (celles qui font que nous vivons dans un monde de plus en plus merveilleux …).
Le Maire martela son soutien à la production nucléaire : « l’indépendance de la France », le Premier adjoint Girin enfonça le clou sur le « besoin d’électricité non intermittente » (… suivez mon regard), l’adjointe Mme Pariot rajouta que les énergies « renouvelable émettait plus de GES que le nucléaire ». Enfin, le Maire donna les chiffres des baisses de consommation d’électricité et de leurs factures pour la commune entre 2019 et 2023 : une forte baisse de consommation d’électricité et l’évitement de factures astronomiques furent cités.
Cette dernière information (à vérifier) est une très bonne nouvelle : oui, « l’énergie la moins chère est celle que l’on ne consomme pas ». Bravo pour ce résultat. Mais il aurait du également citer les consommations et factures de gaz ! D’où viennent les charges d’énergie du budget municipal ? Cf ci-dessous : Extrait budget sur le site de Limas1

Pour le reste, les vieilles lunes obsolètes sont bien en cours à la tète de la commune : mais le ridicule ne tue pas !
* Indépendance nationale avec le nucléaire ! En 2020, L’atome est à l’origine de la consommation finale en France de 75 % des 410 TWh d’électricité consommé sur un total de consommation d’énergie de 1633 TWh2. Les énergies fossiles toutes importées sont à l’origine de 1033 TWh d’énergie finale consommée en France. Quand au nucléaire, 100 % de l’uranium est importé. Mieux encore, l’uranium extrait du Kazakhstan et d’Ouzbékistan, d’où provenaient en 2020 plus de 63% des importations françaises, est en partie acheminé via le territoire russe… Le Maire de Limas est ailleurs …
* Mr Girin évoque l’intermittence des énergies renouvelables : oui, les panneaux photovoltaïques ne produisent pas la nuit ! Que faut-il faire ? Continuer à faire croitre la production énergétique qui détruit (nucléaire ou fossile) ou réduire la consommation en adaptant nos économies à moins d’énergie et à des disponibilités intermittentes. La réponse de Girin est celle du déni et de l’aveuglement.
* Pour finir, Mme Pariot pointe une « augmentation des émission de GES en utilisant les renouvelables. Visiblement, certaines informations3 ne parviennent pas jusqu’à elle.
Une évaluation de 23 actions de réduction des émissions de GES menée par le GIEC dans son « Rapport spécial sur les conséquences d’un réchauffement planétaire de 1,5°C » est exposée :
Arrivent en tête les actions visant à réduire la demande d’énergie (sobriété et efficacité énergétique), à remplacer des énergies fossiles par des énergies renouvelables électriques ou encore à améliorer la gestion du bétail et du fumier ; Ensuite celles visant à renforcer l’usage de la biomasse, avec toutefois une très forte sensibilité aux conditions de mise en œuvre (environnement local, choix des espèces, modes de culture, usages, etc.) ; En dernier celles recourant à la capture et séquestration du carbone (CSC), à la géo-ingénierie océanique et au nucléaire – cette dernière option étant même la moins bien notée parmi les 23.
Pour en revenir à Limas, l’objectif collectif de diviser par 4 les consommations énergétiques dans notre territoire (notre commune donc) doit être le nôtre. Un tel objectif, possible avec des modifications majeures de nos modèles politiques et économiques locaux et globaux, permettra à l’humanité de survivre. Chiche ! Un groupe scolaire à énergie positive à Limas ? Chiche ! Un bon sujet citoyen de projet municipal et communautaire.
Thierry Girardot – 11 septembre 2024
1 Lien 2023 (page 70) lien 2022 (page 15) site de la commune de Limas
2 Source : SDES, Bilan énergétique de la France (cf ci-dessous)
3 Quelle place pour le nucléaire et les énergies renouvelables dans les trajectoires mondiales de neutralité carbone ? Lien
Note : le diagramme de Sankey, figurant ici et communément utilisé pour représenter des bilans énergétiques, retrace l’ensemble des flux (approvisionnement, transformation, consommation, y compris pertes) sous forme de flèches de largeur proportionnelle à la quantité d’énergie.
P : production nationale d’énergie primaire ; DS : déstockage ; I : solde importateur.
1 Pour obtenir la consommation primaire, il faut déduire des ressources primaires le solde exportateur d’électricité ainsi que les soutes maritimes et aériennes internationales.
2 Y compris énergies marines, hors accumulation par pompage.
3 Énergies renouvelables thermiques (bois, déchets de bois, solaire thermique, biocarburants, pompes à chaleur, etc.).
4 L’importance des pertes dans le domaine de l’électricité tient au fait que la production nucléaire est comptabilisée pour la chaleur produite par la réaction, chaleur dont les deux tiers sont perdus lors de la conversion en énergie électrique.
5 Usages non énergétiques inclus. Pour le charbon, les produits pétroliers raffinés et le gaz naturel, la décomposition de la consommation finale en usages énergétiques et non énergétiques est indiquée entre parenthèses.
Champ : France entière (y compris DROM).
Source : SDES, Bilan énergétique de la France
Pour compléter nos informations :

Pourquoi la notion de transition énergétique s’est-elle alors imposée ? Comment ce futur sans passé est-il devenu, à partir des années 1970, celui des gouvernements, des entreprises et des experts, bref, le futur des gens raisonnables ?
L’enjeu est fondamental car les liens entre énergies expliquent à la fois leur permanence sur le très long terme, ainsi que les obstacles titanesques qui se dressent sur le chemin de la décarbonation.

En analysant la nouvelle géopolitique minière, Celia Izoard met au jour un autre enjeu : répondre aux besoins en métaux colossaux du numérique, de l’aérospatiale ou de l’armement, dans un monde où les industries occidentales rivalisent avec les superpuissances des ressources que sont devenues la Chine et la Russie.
Sous la bannière de la « civilisation », du « développement », la mine a joué un rôle structurant dans l’expansion du capitalisme. À l’ère de la « transition », comment dépasser ce régime minier auquel les élites ont suspendu notre destin ?
Celia Izoard est journaliste et philosophe, spécialiste des nouvelles technologies au travers de leurs impacts sociaux et écologiques. Elle est l’autrice de Merci de changer de métier. Lettre aux humains qui robotisent le monde (Éditions de la Dernière lettre, 2020) et co-autrice de La machine est ton seigneur et ton maître (Agone, 2015). Elle a retraduit et postfacé 1984 de George Orwell (Agone, 2021).

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