ETC – En Transition Camarades!

Les mots « totalisants » pour un monde totalitaire à Limas et ailleurs…

[Sur le terreau du chaos capitaliste…]

« Théorie du genre », « wokisme », « éco-terrorisme », « grand remplacement », « migrants délinquants-violeurs », « assistanat », « écologie punitive » : voici une « brassée de mots » que l’on entend dans la bouche de nos proches (eh oui!) repris des discours ambiants, des ministres de la république jusqu’au pape ou tenus par les théoriciens ou dirigeants des mouvements et partis totalitaires occidentaux.

« Brassée de mots », disais-je ! Loin s’en faut.

Le rassemblement court associant 2 mots, voir un seul mot, est une construction linguistique particulière. Associant un mouvement de pensée, de recherche, de transformation sociale ou une partie de population à un qualificatif disqualifiant, elle participe à répandre consciemment par la langue ces concepts – sans réplique ni débat possible – dans les échanges publics.

Ces « concepts » produits cherchent :

– à déformer des réalités de situation, de pensées ou d’actions plurielles qui participent à l’analyse et l’action pour plus de droits, de libertés, de vies heureuses des humains sur la planète, ou déformer des situations de parties de la population à stigmatiser et à offrir en pâture aux peuples au milieu du chaos du monde capitaliste;

– à amalgamer ces idées ou parties de population comme un tout qui aurait pour but de déséquilibrer et bouleverser des situations naturelles ou sociales établies,

– à constituer un registre de fabrication de peurs et d’angoisses, de stigmatisation et production de bouc émissaires.

– à participer par le récit totalitaire au retour à un état de droit, de coutumes ou promouvoir de nouvelles configurations sociales ou matérielles régressives, inégalitaires, hiérarchisantes, ségrégationnistes, destructrices.

Ces mots totalisants qui servent à amalgamer, fabriquer des monstres, faire peur peuvent aussi devancer des passages à l’acte.

Limas : usages locaux des vocables totalitaires … suivis des actes !

Dans la commune de Limas, le Maire Michel Thien a recours à de tels mots « totalisants » au conseil municipal : « écologie-punitive », « assistanat » font partie de son vocabulaire ordinaire. Rien d’étonnant pour une personne qui ne supporte pas la diversité et a par ailleurs parrainé Eric Zemmour lors de la présidentielle de 2022 : « le grand-remplacement » doit faire partie de son corpus idéologique.

A côté de l’utilisation de ce vocable totalitaire, ce Maire et ses proches usent également d’un discours anti-pauvres et anti-migrants, suivi d’actes :

– toutes propositions qui viseraient à compenser des situations de pauvreté sont exclues : la politique sociale se fait « ailleurs » (dixit) : non prise en compte du Quotient Familial, aide minimum du Centre Communal d’Action Social, …

– concernant les migrants ou les gens du voyages, les positions du Maire et d’une partie de sa majorité sont encore plus violentes et ségrégationnistes (sous couvert de défense de qualité scolaire ou de « sécurité » …)

Ce discours anti-égalité s’articule donc avec un discours et des actes identito-sécuritaires. Nous sommes dans le cœur du réacteur d’extrême-droite !

2019 : expulsion de migrants et Conseil municipal tribunal à Limas

En juin 2019, je suis engagé dans le soutien à une famille (avec 2 enfants) migrante albanaise que les institutions locales officielles avaient cessé de loger : la famille se retrouvait une nième fois sous une tente sur un talus au bord du camping de Villefranche sur Saône. Avec les associations soutenant cette famille depuis de longs mois, j’ai participé activement à son installation sur un terrain plat fermé – la cour d’une vieille maison inoccupée est plus accueillante qu’un talus en plein vent – appartenant à la commune de Limas dont je suis Conseiller municipal.

Le Maire de Limas engageant des démarches d’expulsion contre les occupants, une lettre de quelques élus et d’un Président d’association d’apprentissage du Français aux enfants de la famille migrante et une pétition demande au contraire à soutenir une démarche d’insertion durable (voir article de presse en lien ci-dessous).

Alors que la famille, sous la menace d’action préfectorale d’expulsion et d’Obligation de Quitter le Territoire Français (OQTF), se faisait recueillir en urgence exceptionnelle par ses soutiens associatifs2, ma question orale déposée sur le sujet au Conseil municipal suivant du 8 juillet 2019 était l’occasion pour le Maire de Limas et ses affidés d’organiser une séance de tribunal – à charge uniquement (pas de réponse possible!) – contre moi-même (cf Compte-Rendu du Conseil Municipal ici).

« Mauvaise opposition » et « incompétence financière » m’envoie la Conseillère Jocelyne Michon (en fournissant des faits erronés) puis essaye contradictoirement de dénoncer « une opération politique » et de dépolitiser le sujet en faisant de celui-ci une affaire d’engagement personnel humanitaire que je ne saurais pas terminer (à moi de recueillir cette famille) !

« Action illégale », « contre-exemple inefficace à ne pas faire », Claude Kalfon met son grain de sel dans les accusations. Martine Savetier qui a porté sa parole en profite, elle aussi pour dénoncer l’illégalité : illégalité d’aider des migrants ?

Le Maire ajoute à cette occasion les arguments habituels (migrants pas une politique municipale, « dangerosité » du site3), et puis cette phrase « je défends les intérêts de ma commune et ma tranquillité » ; Tout est dit et fait.

Le récit politique « Limas first4 » et « ma tranquillité » comme réponse à propos de migrants à la rue, l’organisation d’un tribunal de type stalinien contre un opposant à abattre, ce sont récits et actes totalitaires de la part de ce personnage qui pervertit la vie politique locale.

Je répète ici que je suis très fiers de cet acte politique au milieu des tombereaux d’actes pervers résultant du modèle social pourris qui façonne nos sociétés – modèle que le Maire de Limas et ses affidés défendent -, et du tombereau d’insanités entendues dans l’enceinte municipale le 8 juillet 2019.

Thierry Girardot

2Famille logée par l’association « Solidaire en Beaujolais » pour laquelle je donne mensuellement.

3Arguments avancés systématiquement pour expulser : le site était utilisé régulièrement en l’état par ses occupants précédents.

4« Limas first » = « Limas en premier » comme « América first » « l’Amérique en premier » remis d’actualité par Donald Trump.

« L’insécurité » ou « la sécurité » ne fait-elle pas partie aussi de ce vocable totalitaire local et global ?

Nous reviendrons là-dessus dans un prochain article.

À lire ou consulter pour compléter son information :

Article de « The Conversation » : À quoi reconnait-on un discours totalitaire ou fasciste ? Lien

Vidéo d’une conférence de Boris Cyrulnik « Pourquoi dire non : langage totalitaire et résistance » lien

Ludivine Bantigny et Ugo Palheta proposent une analyse implacable du tournant autoritaire inédit pris sous le quinquennat d’Emmanuel Macron. Car si Macron a été élu pour faire barrage à l’extrême droite, il lui ferait aujourd’hui la courte-échelle. Avant que de nouvelles mesures anti-démocratiques ne soient imposées au pas de charge à la population, les deux auteurs entrent livrent des pistes pour affronter la menace grandissante.

Un article de presse du Progrès sur l’installation de la famille en question à Limas lien